| LA MAISON DU POETE TRAGIQUE |
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| La maison
doit son nom à un emblema placé au centre du tablinum et représentant
une mise en scène théâtrale avec des acteurs, des
musiciens et du matériel de scène
Le propriétaire probable de cette maison, un certain P. Aninius, appartenait à une famille qui s'était distinguée après 80 après Jésus-Christ - un membre de cette famille avait contribué à la réfection des thermes de Stabies. De dimensions modestes, la maison occupe l'angle sud-ouest de l'insula ; dans des derniers temps, elle s'est vue adjoindre un grand salon et une cuisine sur le côté est du péristyle La construction pourrait remonter au IIème siècle avant Jésus-Christ, alors que le décor pariétal fut complètement refait après le tremblement de terre de 62 après Jésus-Christ, lorsque furent engagés les meilleurs artistes - assurément nombreux - qui étaient présents dans la cité pour réparer les dommages dûs au séisme Menée par Antonio Bonucci, la fouille remonte aux années 1824 - 1825. A cette époque, toutes les peintures et mosaïques d'importance étaient détachées et transportées au Musée National archéologique de Naples, dépouillant ainsi les maisons de leurs atours les plus précieux : ce fut aussi le cas de la maison du Poète tragique Il s'agit d'une domus de type italique, à atrium toscan, dont les pièces principales sont disposées sur un même axe
Elle donne sur la voie de grande circulation que constitue le décumanus qui, venant de la porte d'Herculanum, se dirige vers la porte de Nola. Les thermes du forum se situent juste en face L'entrée de la maison est précédée d'un pavement en brique pilée orné de grandes tesselles en travertin, et la porte devait être à double battant, si l'on en croit les traces laissées dans le sol Le long vestibule était décoré d'une plinthe rouge surmontée de panneaux sur fond jaune ; ils étaient divisés par des cadres présentant une fausse barrière en bois et un cadélabre sur fond blanc Une mosaïque blanche parsemée de grandes tesselles noires, et cernée par une double bordure noire, constituait le pavement Ensuite, figurait l'image d'un chien noir, presque grandeur nature, avec tous les détails (yeux, collier et chaîne) finement reproduits en tesselles polychromes Sous le chien, on peut lire une inscription en tesselles noires sur fond blanc : "cave canem" (attention au chien)
Depuis le vestibule, deux petites portes donnaient accès à de vastes locaux commerciaux ouverts sur la rue L'atrium était exceptionnellement fastueux : ses parois reprenaient en grande partie le programme décoratif du vestibule, avec l'adjonction d'une frise d'acanthes et de scènes de bataille sur le registre supérieur ; la zône médiane était composée de tableaux de grande qualité illustrant pour la plupart des épisodes du cycle troyen : Les noces de Jupiter et de Junon, le départ de Chryséis, Briséis livrée par Achille, Vénus et la Colombe, Neptune et l'Amour sur le dauphin et, enfin, une scène de bataille En excellent état, les trois premières peintures ont été détachées et transportées au Musée archéologique de Naples, alors que les autres, déjà en mauvais état au moment de la découverte, n'ont pas été conservées et sont connues uniquement par la documentation et les reproductions du XIXème siècle L'atrium possède un pavement en mosaïque noir et blanc, fait de grosses tesselles noires, encadré par un double liseré noir L'impluvium, dont les bords et le fond sont en marbre, est cerné par un encadrement en mosaïque noir et blanc représentant une tresse à deux fils Sur le côté nord de l'atrium, une margelle en marbre à fût cannelé et aux bords moulurés permettait d'accéder à l'eau conservée dans la citerne sous-jacente, dont le niveau pouvait être vérifié grâce à une grille sur le côté Plusieurs pièces donnent sur l'atrium, dont un cubiculum placé au milieu du côté ouest : dans son décor simple du IVème style, figuraient le tableau du mythe de Phrixos et Hellé, ainsi qu'une frise illustrant le combat des Grecs et des Amazones L'angle nord-est, occupé par une ala (salle d'attente) reliée au tablinum, possède un pavement en mosaïque noir et blanc avec un seuil et un "tapis" aux motifs géométriques De l'atrium, un escalier raide et étroit, placé en face de l'angle sud-ouest, conduisait à l'étage supérieur occupant toute la partie antérieure de la maison Situé dans l'axe de l'entrée et de l'atrium, le superbe tablinum était complètement ouvert tant sur l'atrium que sur le péristyle Les deux parois restantes portaient un décor du IVème style, un tableau présentant Admète et Alceste sur la paroi est, alors qu'une porte menant à un cubiculum s'ouvre dans la paroi est Le pavement lui aussi était remarquable : un tableau en mosaïque figurant des musiciens y était cerné d'un méandre noir à double fil sur fond blanc Le péristyle avait la forme d'un triportique à colonnes doriques, cannelées, dont le tiers inférieur était élargi et peint en rouge ; des barrières en bois occupaient les entrecolonnements, comme on a pu le déduire des crampons de fer qu'on y a retrouvés Malheureusement, la paroi du fond a perdu son paradeisos (jardin fantastique) peint derrière une fausse barrière en bois. Dans le viridarium, à l'ouest, un laraire est placé sur un haut podium contre la paroi du fond : il adopte la forme d'un petit temple avec des éléments architectoniques stuqués Sous le portique ouest, s'ouvrent deux cubiculi ornés de fresques en IVème style et de pavements en brique pilée ornés de tesselles blanches ; en outre, un corridor mène jusqu'à l'entrée de service de la maison Au nord, sous le portique oriental, la paroi du fond était décorée du célèbre tableau du Sacrifice d'Iphigénie réalisé sur fond rouge
Sur ce côté du portique s'ouvrent, à droite, la cuisine flanquée des latrines et, au centre, le grand salon servant de triclinium Le pavement en mosaïque noir et blanc est cerné d'un double liseré noir et renferme en son centre un emblema complexe composé de figures géométriques, de poissons et candards, dans un cadre fait de triangles superposés Les parois du salon conservent encore leur splendide décor en IVème style : sur la plinthe noire divisée en trois par deux pavillons stylisés, repose un socle partagé en trois par deux couples de piédestaux La partition centrale déploie une scène figurant des centaures et une chasse au lion De fines colonnes reposant sur les piédestaux supportent un édicule à caissons auquel est suspendu le tableau central ; ce dernier semble fixé sur un tapis tendus aux angles, jaune sur fond rouge, des figures ailées occupant les panneaux latéraux Le registre supérieur est constitué de scènes fantastiques reporduistant des divinités assises et des natures mortes Au centre des panneaux, sur la paroi nord, se trouve un tableau connu sous le nom de Vente des Amours ; sur la paroi orientale, figure l'épisode de Thésée abandonnant Ariane et, sur la paroi sud, celui, célèbre, d'Artémis et Callisto La maison du Poète tragique, exemple caractéristique d'une demeure de la classe émergente, a été décorée après le tremblement de terre de 62 après Jésus-Christ Dans cette maison, tout comme dans celle des Vettii, les propriétaires ne disposaient pas de grands espaces ; ils ont compensé ce manque par l'installation de nombreux tableaux de grandes dimensions à caractère mythologique |