LES PERSONNAGES CONNUS VENUS A POMPEI

 


Pline l'Ancien

portrait de Pline l'Ancien

par Bollinger

Pline l'Ancien était l'oncle de Pline le Jeune.

Il est mort asphyxié par les gaz émis lors de l'éruption du volcan.

Pline le Jeune, à la demande de Tacite, le grand historien, relate, dans deux lettres, la mort de son oncle, Pline L'Ancien.

Pline l'Ancien, grand scientifique, et observateur attentif des phénomènes naturels, était venu avec sa flotte à Pompeï pour observer de près la terrible éruption volcanique et ses conséquences, mais aussi pour porter secours aux habitants.

Bien qu'empruntée aux rares rescapés, Pline le Jeune observe le phénomène depuis le cap Misène, donc du nord, de l'autre côté du golfe de Naples - la relation de la tragédie constitue pourtant un récit précis, de grande valeur scientifique et documentaire.

Voici le texte de la première lettre de Pline le Jeune racontant les circonstances de la mort de son oncle (VI, 16) :

"Pline salue Tacite.

Vous m'avez demandé de décrire les derniers moments de mon oncle afin de pouvoir transmettre à la postérité le récit fidèle de sa fin.


je vous en sais gré, car sa mort, célébrée par vous, lui vaudra une gloire immortelle.

Bien qu'il ait disparu en même temps que des peuples et des villes dans la catastrophe touchant les terres les plus belles du monde, et que cet événement lui assure une vie éternelle, et bien qu'il ait lui-même composé de nombreux ouvrages qui feront date, il est clair que vos écrits contribueront de façon décisive à garantir la pérennité de son nom.

Heureux ceux à qui les dieux ont permis d'accomplir des actions dignes d'être relatées par écrit, ou d'écrire des textes dignes d'être lus, mais les plus fortunés sont assurément ceux à qui ont été concédés l'un et l'autre don.

Parmi ces derniers, figurent mon oncle et vous-même.

C'est donc avec grand plaisir que j'accomplis la tâche que vous m'avez confiée et que je demande même ce que vous m'imposez.

Mon oncle se trouvait alors à Misène à la tête de la flotte.

Le 24 août, il était à peine une heure de l'après-midi, quand ma mère lui montra un nuage d'une dimension et d'une forme jusqu'alors inconnues.

Il était en train d'étudier ; il s'était mis au soleil, avait pris un bain froid, puis, étendu sur un lit, avait bu une collation légère.

Il demanda ses sandales et monta sur une éminence : c'était là une excellente position pour observer le phénomène.


On ignorait alors de quel mont surgissait le nuage, car on regardait de loin ; ce n'est que plus tard qu'on a su qu'il s'agissait du Vésuve.

La nuée était semblable à un pin, plus qu'à tout autre arbre.

Comme sortie d'un énorme tronc, elle se découpait dans le ciel et semblait se dilater en rameaux.

Ensuite, un vent fort l'a poussée vers le haut, puis s'est affaibli et l'a finalement abandonnée - elle a peut-être aussi été vaincue par son poids et s'est dissipée sous forme d'une ombrelle géante.

Par endroits, la nuée brillait d'une blancheur éblouissante ; à d'autres, elle était opaque, maculée de taches selon qu'elle était chargée de cendres ou de terre.

Mon oncle jugea opportun d'aller observer le phénomène de plus près.

Il prépara une galère liburne et me dit de venir avec lui si je le souhaitais.

Je lui répondis que je préférais rester là à étudier ; de fait, il m'avait confié un travail à faire.

Alors qu'il sortait de la maison, il reçut un message de Rectina, femme de Cascus, terrifiée par l'imminence du danger - effectivement, sa villa était placée en contrebas du volcan, et l'unique fuite possible devait se faire par mer.

Sa prière s'énonçait ainsi : "sauvez-moi d'un danger imminent".

Mon oncle changea alors d'avis, le scientifique laissant la place au héros.

Il fit mettre à la mer les quadrirèmes et se plaça à son poste.

Il voulait sauver non seulement Rectina, mais tous les autres, car cette riante contrée était très peuplée.

Il se rendit donc vers le lieu que d'autres cherchaient à fuir, maintenant le cap et le timon en direction du danger, sans aucune peur, si bien qu'il dictait ou notait lui-même les étapes de la catastrophe.

Déjà, les cendres tombaient sur les navires, plus chaudes et plus épaisses au fur et à mesure de la progression.

Elles s'accompagnaient de fragments de pierres ponce, de cailloux noircis, calcinés, éclatés sous l'action du feu ; un bas-fond avait surgi, et les roches écroulées rendaient tout débarquement absolument impossible.

Mon oncle songea un moment à faire marche arrière, comme le lui conseillait le pilote, mais il déclara aussitôt : "la fortune favorise les forts. Allons jusque chez Pomponianus !"

La villa de Pomponianus était séparée de la cité par une baie. A cet endroit, le littoral stabien dessine un arc aux lignes douces, où les vagues s'avancent et se brisent.

Le danger était encore loin, mais il ne cessait de se rapprocher et Pomponianus avait fait charger ses bagages sur un navire, décidé à fuir dès que le vent contraire se serait calmé.

En revanche, le vent très favorable à mon oncle lui permit de débarquer.

Il embrassa son ami, le consola et et lui redonna du courage.

Pour le calmer, lui montrer qu'il n'y avait pas de motif d'inquiétude, il prit un bain, puis se mit à table et mangea.

Il était joyeux ou feignait de l'être, ce qui n'est pas moins remarquable.

Pendant ce temps, du Vésuve, on pouvait voir se créer plusieurs foyers incendiaires et des colonnes de feu : leur intensité se faisait plus grande encore dans les ténèbres de la nuit.

Pour réconforter ses compagnons, il leur dit que, dans leur fuite, les paysans avaient abandonné leurs fermes en feu. Il se coucha ensuite et dormit d'un profond sommeil.

De fait, sa respiration, lourde et bruyante, était audible pour toute personne passant devant sa porte.

Mais la cour donnant accès à cette pièce avait, entre temps, reçu tant de cendres et de lapilli que, s'il y était resté plus longtemps, il n'aurait pu en sortir.

Réveillé, il sortit et retrouva Pomponianus et les autres qui n'avaient pu fermer l'oeil.

Ils discutèrent pour savoir s'il était plus sage de rester dans les habitations ou à l'extérieur.

Il est vrai que la maison vacillait à cause de nombreuses et violentes secousses provoquées par le tremblement de terre ; presque détachée de ses fondations, elle semblait flotter.

A l'extérieur, on redoutait la chute des lapilli, même légers et poreux. En comparant les risques encourus, on décida de rester dehors.

Mon oncle ne cessait de méditer, alors que la peur s'était emparée de ses compagnons. Ils placèrent un oreiller sur leur tête, solidement fixé, afin de se protéger de la pluie de lapilli.

Ailleurs, il faisait jour, mais ici, c'était la nuit : une nuit plus noire et plus épaisse que toutes les autres nuits.

Elle était pourtant éclairée par des incendies et des lumières variées. Ils décidèrent d'aller sur la plage pour voir de plus près si la fuite par mer était désormais possible.

Mais la mer, très agitée, restait impraticable. Mon oncle se fit apporter un drap et s'y étendit : une ou deux fois, il demanda de l'eau fraîche et but d'un seul trait.

Puis les flammes et l'odeur de soufre qui les annonce réveillèrent mon oncle et firent fuir ses compagnons

Aidé de deux esclaves, il se mit debout, mais s'écroula dans l'instant suivant, car, selon toute vraisemblance, il ne pouvait respirer, du fait d'un nuage toujours plus épais, et la gorge, son point faible, se trouvait comme étouffée.

Quand la lumière se fit de nouveau, - c'était trois jours plus tard -, on retrouva son corps indemne, recouvert de la dernière tunique qu'il ait portée : il ressemblait plus à un homme qui dort qu'à un mort.

 

peinture à l'huile dePierre-Henri de Valenciennes (1813)

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cette peinture évoque les derniers

moments de la vie de Pline l'Ancien

Pendant ce temps, à Misène, ma mère et moi....., mais nos aventures n'appartiennent pas à l'histoire.

Vous vouliez connaître les circonstances de sa mort ; il me reste donc à conclure : Mais je tiens à donner une précision : mon récit est fondé sur une expérience directe, ainsi que sur les informations obtenues immédiatement après la catastrophe, quand la mémoire des faits est la plus proche de la vérité.

Vous ferez part des événements importants, car écrire une lettre et écrire l'Histoire, sont deux choses différentes, tout comme écrire à un ami est différent que de s'adresser à tous. Adieu."