| LA MAISON DE MENANDRE |
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Dégagée par A. Maiuri en 1930 - 1931, cette maison est l'une des plus importantes de Pompeï, tant par le raffinement de son décor que par le précieux mobilier mis au jour. La maison appartenait sans doute à un certain Quintus Poppeus, dont la famille se prévalait de liens de parenté avec Poppée, la seconde épouse de Néron dont on a trouvé le sceau en bronze dans le logis des esclaves. En 79 après Jésus-Christ, cette luxueuse demeure occupait, de façon irrégulière, une grande partie de l'îlot. Dès le 1er siècle avant Jésus-Christ, elle s'est agrandie au dépens des maisons voisines et, au moment de l'éruption, elle est en restauration, comme le suggèrent plusieurs indices. Dans le corridor séparant la zône du péristyle de la partie réservée aux esclaves, les colonnes du petit atrium de l'ensemble thermal, en cours de réfection, gisent à terre.
Un élément de cuisson provisoire a été installé dans la pièce située au nord-est de l'atrium, et des amphores, remplies d'un crépi de bonne qualité et prêt à l'emploi, sont entassées dans la cuisine du complexe thermal. Il est donc vraisemblable que l'habitation n'ait été que partiellement utilisable. Elle est structurée à partir du noyau principal classique, avec le vestibule, l'atrium, le tablinum et le péristyle placés sur le même axe De la rue, on peut saisir dans sa totalité, jusqu'à l'exèdre rectangulaire située au centre, du côté sud du péristyle, et qui sert de point de fuite à une superbe perspective architrectonique Il semble que l'archticte ait disposé les pièces en fonction de cette perspective, en agençant les deux colonnes corinthiennes du tablinum et l'entrecolonnement des portiques nord et sud du péristyle pour allonger cette perspective centrée sur l'exèdre rectangulaire. Le nom donné à cette maison dérive du thème décoratif de cette dernière pièce : les parois latérales présentent deux poètes grecs assis, probablement Euripide, à gauche, et Ménandre à droite.
Sur la paroi sud, visible de la rue, des masques tragiques se détachent sur un fond jaune. Encadrée de pilastres surmontés de chapiteaux corinthiens en tuf, l'imposante entrée conduit à un grand atrium, avec un impluvium central en marbre aux bords moulurés. Le compluvium présente d'élégantes doucines décorées de palmettes et de gargouilles en protomés de dauphins Les parois en IVème style sont bordées d'une frise nilotique (pygmées et crocodiles) dans leur partie supérieure L'angle nord-ouest était occupé par un laraire domestique constitué d'une base en faux marbre et d'un petit temple à deux frontons avec corniches en stuc et colonnes toscanes. On conserve sous forme de moulage en plâtre le côté sud de ce temple originellement fermé par une grille en bois. Entre le laraire et le vestibule, une pièce recelait un tortueux escalier en maçonnage qui donnait accès à l'étage supérieur, communiquant avec les pièces situées à l'ouest. L'ala s'ouvrant sur le côté est de l'atrium porte un décor du IVème style, les tableaux des panneaux centraux s'inspirant des derniers épisodes de la guerre de Troie : au sud, la mort de Laocoon ; à l'est , le cheval de Troie et, au nord, la capture d'Hélène et de Cassandre en présence de Priam. L'ample tablinum, doté d'un riche décor en IVème style, aboutit au péristyle : il s'agit d'un quadriportique à colonnes doriques, fermé par un mur bas sur lequel des hérons évoluent dans un décor de plantes, de scènes de chasse et de jardins fantastiques, de décor visant à suggérer le prolongement du jardin véritable. Toutes les pièces ouvrant sur le péristyle recèlent des fresques superbes ; ainsi, dans l'angle nord-ouest, les parois de la pièce en IVème style sont divisées en panneaux par une bande noire verticale présentant un sarment de vigne sortant d'un canthare et des Amours volant sur un fond vert. Le centre des panneaux est occupé par des tableaux figurés, tandis qu'une frise sur le font rouge, décorée de centaures et de lapithes, est placée au-dessus. Le pavement en opus vermiculatum polychrome est très sophystiqué : le seuil laisse voir des méandres alternant avec des carrés enfermant une rosette, alors que le sol de la pièce est divisé en carrés cernés de bandes noires ; au centre, dans un cadre tressé, l'emblema rapporte des scènes de la vie du Nil. Au milieu du promenoir est, s'ouvre un vaste salon construit sur les fondations de maisons plus anciennes - les fouilles ont révélé que ces pièces étaient décorées en 1er style Dans l'angle sud-ouest du portique, se dresse un second laraire, avec un autel en maçonnage et une niche à abside contenant à l'origine cinq bustes en bois - peut-être les imagines des ancêtres -, dont on conserve les moules en plâtre. Le complexe des bains s'agence autour d'un petit atrium octostyle, dont les parois sont en IIème style. Les pavements de mosaïque sont magnifiques, notamment celui situé dans le passage entre le tepidarium et le caldarium - il représente un serviteur ityphallique qui porte des onguents et des parfums -, ainsi que celui du caldarium, en mosaïque polychrome : s'y dessinent une feuille d'acanthe et un petit oiseau, autour desquels sont disposés poissons, dauphins et figures marines. Les locaux de service des thermes se développent à un niveau inférieur, précisément au-dessous de l'édifice ; c'est là qu'ont été découvertes 118 pièces de vaisselle en argent dans une caisse en bois. L'ensemble du complexe thermal était en cours de restauration et de transformation au moment de l'éruption de 79 après Jésus-Christ Enfin, dans l'angle sud-est de l'insula, s'étendent les logements des esclaves ; on peut aujourd'hui y contempler une charrette reconstituée à l'aide des morceaux de métal retrouvés sur place. Il n'est pas impossible que le propriétaire de la maison ait possédé des terres cultivables à l'extérieur de la cité, étant donné le grand nombre d'instruments agricoles mis au jour. La partie de la maison dont l'entrée donne sur une petite rue, à l'est, est sans doute destinée au procurator, le surintendant des nombreuses familles d'esclaves employées La richesse de la demeure devait déjà bien connue à l'époque, car des fossores y ont pénétré parès le cataclysme au moyen de tunnels, mais ils y sont restés bloqués à jamais, peut-être à cause de l'éffondrement des structures.
Dans la masse des débris volcaniques obstruant les pièces, des petites bêches et des lampes ont été retrouvées. Cette domus a fait récemment l'objet d'une restauration minutieuse (1997 - 1998) ; outre la réfection des peintures et des pavements, celle-ci a redonné à l'ensemble ses volumes originels, ainsi que la succession de pleins et de vides, et donc d'ombre et de lumière, qui la caractérisait Il en résulte que la maison de Ménandre constitue l'un des meilleurs exemples de maison patricienne dans une citée du début de l'Empire. |
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