La RELIGION A POMPEI

Le temple d'Isis

 

A - entrée

B - portique

C - Pronaos

D - Cella

E - Puits sacré

F - Purgatorium

G - Ekklesiasterion

H - Salle destinée aux enseignements

 

Le culte d'Isis arriva relativement tôt à Pompei, vraisemblablement vers 100 avant Jésus-Christ, en provenance de Pouzzoles.

Il est étonnant que, dans une cité comme Pompei, où la culture samnite était encore très présente, un tel culte ait pu s'implanter et faire de nombreux émules.

La localisation du lieu de culte est plus étonnante encore : dans le quartier des Théâtres et du gymnasium, là où se rassemblait la jeunesse pompeienne et où se tenaient aussi les réunions de la noblesse guerrière , et cela alors même qu'il s'agissait d'une religion qui promettait à tous les fidèles le salut après la mort, se différenciant ainsi radicalement des religions grecque et romaine

Tête d'isis appartenant probablement à un acrolithe, à savoir une sculpture dont les parties nues sont en marbre, et les vêtements en bois

Isis archaïsante en marbre pentélique. Légèrement penchée en avant, la divinité porte un chiton qui, comme un voile délicat, épouse les contours de son corps en les soulignant. Elle porte un sistre dans la main droite - malheureusement perdu - et, dans la gauche, le signe ankh (symbole de vie) placé le long du corps

Malheureusement, il ne reste pratiquement rien de l'état le plus ancien du temple : détruit par le tremblement de terre de 62 après Jésus-Christ, l'édifice a été totalement reconstruit, et dans les criconstances très particulières, ainsi que l'atteste une inscription retrouvée sur la porte d'entrée :

"N(umerius) Popidius N(umeri) f(ilius) Celsinus aedem Isidis terrae motu conlapsam a fundamento p(ecunia) s(ua) restituit ; hunc decuriones obliberalitatem, cum esset annorum sexs, ordine suo gratis adlegeretur"

"Numerius Popidius Celsinus, fils de Numerius a entièrement reconstruit, à ses frais, le temple d'Isis qui s'était effondré à la suite du tremblement de terre ; du fait de ses libéralités, il a été accueilli gratuitement dans l'ordre des décurions, alors qu'il avait à peine six ans"

Ce texte mérite plusieurs commentaires : tout d'abord on comprend le soin mis par un père à ouvrir la voie de la politique et des magistratures les plus importantes de la cité à son fils alors à peine âgé de six ans, puisque lui-même, étant affranchi, n'aurait jamais pu accéder à ces charges officielles

D'autre part, cette reconstruction traduit aussi l'importance revêtue par ce culte à Pompei, puisque c'est Isis qui a été choisie, plutôt qu'une divinité traditionnelle

La plus grande assemblée citoyenne, celle des décurions, avait tellement apprécié le geste de Numérius, qu'elle était disposée à accueillir dans la curie , son fils, futur citoyen libre, et cela malgré son jeune âge

L'inscription nous renseigne aussi sur la violence du tremblement de terre qui a nécessité la reconstruction totale du temple.

On pénètre dans le sanctuaire par le nord, depuis la voie qui porte le nom du temple

Le temple, les autels, le purgatorium, le puits sacré et les portiques finement décorés de fresques constituaient une scénographie très particulière, conçue pour le déroulement de la liturgie d'un culte dont les adeptes se multiplièrent pendant les dernières années d'existence de Pompei
La découverte du sanctuaire presqu'intégralement conservé - suscita beaucoup d'émotion et d'intérêt dans le monde artistique de l'époque et il n'est pas un artiste passant alors à Pompei qui n'en ait fait des dessins ou des peintures. Malheureusement, une grande partie de son mobilier et de son décor a été enlevée et est aujourd'hui conservée au Musée national de Naples

Vu de l'extérieur, l'espace sacré apparaissait cerné d'un haut mur, orné d'une plinthe rouge surmontée d'une partie supérieure blanche imitant un appareil isodome - pratiquement aucun vestige de ce mur n'a été conservé.

L'entrée, très simple, était fermée par une porte à triple battant, mais, comme le montrent les gonds encore en place, seule la partie centrale pouvait s'ouvrir

On peut remarquer que les proportions du temple dédié à Isis ne sont pas harmonieuses : la séparation nette entre le pronaos et la cella - comme on le voit sur la reconstitution -, ainsi que les deux niches latérales le font apparaître plus large que profond. Le acaractère sacré de l'édifice est souligné par la présence de nombreux autels et statues

Le portique apparaît assez singulier avec ses huit colonnes au nord et au sud, alors qu'on en dénombre seulement sept à l'ouest et six à l'est.

Sur ce dernier côté, on n'a pas prévu de colonne centrale et l'entrecolonnement, plus important à cet endroit, est délimité par deux pilastres portant des demi-colonnes adossées, nettement plus hautes que les autres colonnes ;

Il s'agissait probablement là de l'accès principal du sanctuaire, placé devant le temple, point d'arrivée de la procession des fidèles.

Les colonnes en terre cuite, dépourvues de base, reposent directement sur le stylobate qui remonte au premier état du temple ; les fûts portaient un épais revêtement de crépi rouge sur leur tiers inférieur et blanc dans la partie supérieure cannelée

Sur les chapiteaux toscans composites, reposaient une architrave en bois et un toit en bâtière composé de huit rangées de tuiles terminées par des antéfixes en forme de masques de Gorgone ayant des petites ailes sur le front.

Les entrecolonnements abritaient six autels de petite dimension, constituant peut-être des ex-voto

Les parois du fond des portiques présentaient un élégant décor en IVè style, composé de panneaux sur fond rouge dont le centre était occupé alternativement par des membres d'un cortège isiaque et des paysages "égyptisant"

Tableau découvert dans l'ekklesiasterion, situé derrière le temple. Il fait revivre le mythe de Io, aimée de Zeus et qui, poursuivie par Hera, se réfugie en Egypte au sein du sanctuaire de Canope, dans le delta, où elle est accueillie par la déesse Isis. Ce thème est exceptionnel dans la peinture pompeienne - on n'en connaît qu'un seul autre exemple
Comme le précédent, ce tableau provient de l'ekklesiasterion et montre un petit temple distyle édifié sur un îlot relié à la terre à l'aide d'un modeste pont. Au premier plan, se profile un autel et une colonne votive. Ce paysage est rendu très suggestif par ses couleurs et son fond rocheux contrastant avec l'étendue d'eau

Divisés par des compartiments architectoniques enfermant de petits tableaux (batailles navales et natures mortes), ces panneaux étaient surmontés d'une frise continue formée de motifs végétaux en spirale sur un fond noir, peuplée de personnages et d'animaux liés au culte isiaque.

L'édifice sacré se dressait au centre de l'espace ouvert qui était revêtu d'un pavement de dalles de tuf.

De type italique, le temple était en briques revêtues d'un crépi, alors que le podium était en opus incertum

L'accès au pronaos se faisait par un petit escalier placé dans l'axe de l 'entrecolonnement central, le plus large ; les colonnes d'ordre corinthien supportaient une architrave surmontée d'une corniche saillante.

On sait peu de choses sur la couverture, qui devait être en bâtière et porter un décor en terre cuite.

Peu profonde, la cella est pourvue d'une large ouverture ; un long banc est adossé contre la paroi du fond et l'on y retrouve deux bases de statues, correspondant sans doute à celles d'Isis et d'Osiris

Sur les parois latérales décorées de motifs géométriques en relief, six tablettes moulurées en tuf gris soutenaient autant de statuettes cultuelles

On pouvait aussi accéder à la cella par le sud du temple, grâce à une porte placée au sommet d'un escalier adossé à l'extérieur du bâtiment

Dans cette entrée de la cella, deux niches placées sur les côtés étaient cantonnées de pilastres corinthiens surmontés de petits frontons ; elles devaient abriter les statues d'Harpocrate et d'Anubis, comme on peut le déduire des deux autels latéraux placés dans le pronaos, qui étaient consacrés à ces divinités.

Les côtés de l'escalier conduisant au pronaos recèlent deux pilastres dédicatoires

Celui de gauche comporte une plaque portant une inscription hiéroglyphique, provenant sans doute d'Héracléopolis

Derrière la cella, au centre, une niche abrite la statue de Dionysos à la panthère

Sur les côtés de cette niche, deux grandes oreilles en stuc indiquaient que les divinités étaient à l'écoute des prières des fidèles.

Les registres de fouilles précisent que l'autel conservait sur sa partie supérieure"....les os brûlés et les cendres des victimes......."

Les restes des sacrifices et des offrandes étaient entreposés dans une sorte de puits dans l'angle nord-est de la zône sacrée, qui possédait sans doute une couverture à double pente, comme le laissent penser les nombreux dessins faits au moment des fouilles.

L'angle sud-est était occupé par un purgatorium, une petite enceinte découverte qui était accessible par une porte placée sur le côté nord, avec un petit escalier débouchant dans une cella souterraine ; c'est là qu'était conservé l'eau sacrée du Nil servant à la purification des fidèles.
les parois externes étaient finement décorées de scènes en stuc présentant des couples d'amants, parmi lesquels on reconnait Mars et Vénus, Persée et Andromède.

Depuis le portique ouest, cinq portes surmontées d'arcatures permettaient de passer dans une large pièce rectangulaire ; demeurée pratiquement intacte, cette salle était richement parée.

Dans la partie nord, le pavement en tesselles noires portait, inscrits en tesselles blanches, les noms de Numerius Popidius Celsinus, de son père Ampliatus et de sa mère Corelia Celsa, en souvenir de leur munificence.

Les parois sont ornées de fresques du IVème style, divisées en sept panneaux : cinq paysages nilotiques et deux scènes du mythe d'Io : Io reçue en Egypte par Isis et Argos gardant Io

Dans cette salle, on été mis au jour les restes d'une statue féminine , généralement identifiée comme Isis, ainsi que de nombreux objets cultuels, dont un sistre.

Le sistre faisait partie intégrante du culte d'Isis. Il s'agissait d'un instrument de musique en métal produisant des sons grâce à des élélements mobiles métalliques qui venaient s'insérer dans des orifices prévus à cet effet
   

Les interprétations varient quant à la fonction de cette pièce : il pourrait s'agir du lieu de réunion des fidèles d'Isis, où se déroulaient les banquets rituels (ekklesiasterion)

Le portique ouest permettait aussi d'accéder à une autre pièce de vastes dimensions du Grand Théâtre ; elle est entièrement revêtue d'un crépi blanc décoré d'une suite désordonnée de figures et de scènes du culte d'Isis.

Cette pièce servait vraisemblablement à dispenser les enseignements, ainsi qu'au dépôt d'objets sacrés.

Presque tous les éléments mis au jour, y compris la statue d'Isis - donation de Lucius Cécilius Febus - l'hermès de Norbanus Sorix, Dionysos et la panthère, Vénus se séchant les cheveux, ainsi que toutes les peintures qui pouvaient l'être, ont été détachées et transportées au Musée nationale de Naples, où ils sont exposés actuellement dans une salle consacrée au culte d'isis à pompei

Provenant de l'ekklesiasterion, ce tableautin présente un payasage égyptien avec une petite île au centre de laquelle est érigé un édicule conservant le sarcophage d'Osiris ; sur un petit autel lui faisant face, un prêtre accomplit des sacrifices. Au second plan à gauche, un pêcheur portant un chapeau à larges bords est figuré sa ligne à la main

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