L'ERUPTION DU VESUVE

 

LES FOUILLES DE POMPEI

En 1748, dix ans après le début des fouilles à Herculanum, débutent celles de Pompeï, identifiée à tort pour Stabies par les premiers explorateurs

Au cours de cette période, les sondages se font par hasard : des recherches sont entreprises au croisement des voies de Stabies et de Nola, dans l'amphithéâtre, déjà reconnu, ainsi que dans la villa dite de Cicéron, à l'extérieur de la porte d'Herculanum.

Les premiers résultats ne semblent guère encourageants, si bien que l'on préfère fouiller dans les régions de Gragnano (Castellammare di Stabia) et d'Herculanum, qui semblent plus prometteuses.

On ne reviendra à Pompeï qu'en 1755

L'ingénieur militaire, J. Alcubierre, dirige alors les opérations, assisté de deux collaborateurs,

C. Weber, puis F. La Véga.

Chargés de la documentation, ils dessinent les édifices et font une compilation des registres de fouilles.

             
         

Pendant cette première phase, les recherches visent d'abord à récupérer des "objets d'art", peintures, statues ou objets et à choisir ceux qui semblent intéressants, à des fins plus financières que scientifiques.

Une fois les objets exhumés, C. Paderni sélectionne les peintures dignes d'entrer dans les collections royales et détruit celles qui restent, afin d'empêcher quinconque de s'en emparer.

Les peintures choisies sont détachées de leurs parois par le sculpteur Canart, et transférées en un lieu où elles reçoivent un cadre, puis sont placées sur un mur, comme dans une galerie moderne.

 
   
   

Après avoir été dépouillés, les monuments sont à nouveau enterrés ; ces pratiques suscitent néanmoins un grand émoi : notamment les violentes protestations de J. Winckelmann qui, jointes à celles de nombreux savants, contraignent le roi Charles III à arrêter les destructions.

En 1765, F. La Vega prend la direction des travaux et, à la suite de la mise au jour de la villa de Diomède et de la voie des Tombeaux, décide de laisser en l'état tous les monuments fouillés.

F. La Vega a été assurément le meilleur et le plus prévoyant des chercheurs du XVIIIème siècle : dans chacun des édifices dégagés, il fait en sorte que les éléments d'architecture soient conservés in situ, et non exposés dans le Musée Royal

La Vega fait enlever du site les terres retournées, afin de ne pas nuire aux fouilles ultérieures, en des endroits éloignés les uns des autres

 

Deux zônes principales sont explorées :

Au sud, le quartier des Théâtres, et au nord, la voie des tombeaux.

Avec l'arrivée des Français à Naples (1799 - 1815), la procédure change radicalement.

Grâce à l'enthousiasme de Caroline Bonaparte, femme de Joachim Murat, on procède à l'expropriation de tous les terrains occupant la zône de l'antique cité ; un parcours est établi, reliant entre elles les zônes fouillées.

De plus, l'enceinte est soigneusement déblayée pour déterminer l'emplacement des portes d'accès à la cité ainsi que les voies les plus importantes.

Enfin, en avançant d'ouest en est, les détritus volcaniques sont enlevés de façon systématique

Le programme est abordé dans la continuité, et la profusion des moyens employés est extraordinaire : Il suffit de penser qu'à certaines périodes, plus de 1500 ouvriers travaillent sur le terrain.

L'objectif est si ambitieux, qu'en 1815, au moment du retour des Bourbons, seule, une partie a été réalisée, à savoir : l'expropriation des sols, l 'unification du quartier des théâtres et le dégagement de la zône septentrionale placée le long de la voie consulaire et de la voie des Tombeaux, grâce aux fouilles accomplies dans la zône du forum.

Sous le règne des Bourbons (soir entre 1815 et 1863), un fort ralentissement des travaux succède à la ferveur de la période française, par manque de fonds et de moyens adéquats, mais les rares fouilles sont dirigées par des directeurs de qualité, à l'image de M. Arditi (1807 à 1838), F.M. Avellino (de 1839 à 1850) et S. Spinelli (de 1850 à 1863)

Si, dans l'ensemble, les travaux suivent le programme français, la zône située à l'Ouest de la voie de Stabies n'est pas encore totalement libérée en 1863.

Peu après, on met au jour les édifices du forum civil, les thermes du forum et la voie de Nola jusqu'à la porte homonyme, ainsi que les maisons du Poète tragique, du Marin, des Fontaines à mosaïque, des Dioscures et celle de Méléagre, pour ne citer que les principales.

G. Fiorelli, l'une des figures-clés de l'archéologie de Pompeï, dirige les fouilles de 1863 à 1875.

Il élimine d'emblée, discontinuité et hasard dans le déroulement des travaux, en appliquant une méthode nouvelle : au lieu de dégager d'abord les rues, puis de pénétrer dans les maisons par le bas, il exige que les fouilles se fassent par le haut, afin de dresser la liste de tous les éléments constitutifs des habitations

Ces données serviront pour la reconstruction des bâtiments antiques - lorsqu'elle est possible -, mais peintures et mosaïques continuent d'être détruites au cours de leur détachement.

On lui doit également l'organisation topographique des quartiers, avec la subdivision en régions, insulae et maisons, ainsi que l'emploi de moulages en plâtre qui permettent la reconstitution des corps des victimes de l'éruption, des racines des plantes et de tous les éléments organiques qui ont laissé un vide dans la cendre à la suite de leur décomposition.

Les derniers travaux accomplis à Pompeï valent, à G. Fiorelli, la direction générale des Antiquités et des Beaux-Arts du royaume.

Ses successeurs, M. Ruggero (de 1875 à 1893), G. De Petra (de 1893 à 1900), E. Pais (de 1901 à 1904) et A. Sogliano (de 1905 à 1910) perpétuent les méthodes qu'il a mises au point.

Au cours des vingt dernières années du XIXème siècle, les maisons de Lucretius Fronto, des Vettii et des Amours dorées ne sont plus revêtues d'éléments hétérogènes, mais de matériaux présentant les mêmes caractéristiques que les originaux.

De plus, tant les peintures que les mosaïques sont maintenant laissées in situ

En 1910, la zône occidentale est totalement libérée, à savoir : la voie de Stabies et une grande partie des maisons donnant sur cette rue à l'est.

V. Spinazzola (de 1910 à 1923) explore le decumanus inférieur, depuis la voie de l'Abondance jusqu'à sa limite à l'est avec la porte de Sarno.

En procédant à une restauration minutieuse des façades des édifices - y compris leurs balcons, toits et étages supérieurs - il démontre qu'à travers une fouille bien menée, il est possible de comprendre les dynamiques en jeu lors de l'ensevelissement et de la chute des éléments structurels des maisons, et cela, afin de permettre d'effectuer à l'avenir de meilleures restaurations.

On lui doit aussi la découverte des maisons de Loreius Tibertinus, de l'Ephèbe et de Trebius Valens.

Entre 1924 et 1961, A. Maiuri dirige les fouilles : c'est l'un des archéologues les plus dynamiques et les plus controversés parmi ceux qui ont oeuvré à Pompeï.

Grâce à son intense activité, Maiuri dégage complètement l'enceinte de la ville, mettant au jour, au sud, la plus vaste nécropole aujourd'hui connue à Pompeï ; le dégagement de la voie de Nocera permet d'explorer les régions I et II de la cité.

Mais l'entreprise étant accomplie, avec des méthodes expéditives, des moyens matériels et financiers inadéquats, la majeure partie des édifices est restaurée "à la va-vite", puis abandonnée.

Ce sont encore aujourd'hui les zônes les plus dégradées de la cité.

Outre la découverte de la maison de Menandre et de la villa des Mystères, on doit aussi à Maiuri le lancement d'un programme de recherches stratigraphiques, destiné à reconstituer l'histoire la plus ancienne de l'habitat.

A. De Franciscis (de 1961 à 1976) succède à Maiuri, se consacrant essentiellement à la restauration des édifices.

Il ne dirige qu'une fouille à Pompeï : celle de la maison de Polybe

F. Zevi (de 1977 à 1982) et G. Cerulli Irelli (de 1982 à 1984) sont confrontés aux problèmes découlant des dommages causés par le tremblement de terre de 1980.

A la tête de la surintendance de Pompeï entre 1984 et 1994, B. Conticello peut, grâce à des fonds importants, procéder à une restauration systématique des insulae des régions I et II, où il achève les fouilles entamées par Maiuri, recommençant à zéro celles de la maison des Amants Chastes.

La suite appartient à l'histoire présente : le surintendant actuel : P. G. Guzzo (1994), doit faire face à des problèmes d'ordre économique et financier.

Ce n'est qu'une fois ceux-ci résolus, qu'il sera possible de procéder à une restauration convenable de Pompeï et d'achever les fouilles en cours.

Des soixante-six hectares de la ville, seuls quarante-quatre ont été totalement libérés des déblais séculaires.

Tout le monde s'accord à penser qu'il faut laisser aux générations à venir le soin de fouiller ce qui est encore dissimulé sous la couche volcanique, afin de leur permettre de profiter d'un legs du passé aussi important.

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