L'HISTOIRE DE POMPEI


 

CADRE HISTORIQUE

Pompeï s'étend sur un haut plateau d'origine volcanique, formé par une coulée de lave dont les limites d'extension sont visibles du sud-est au sud-ouest de la cité.

Avant la construction de la ville, ce haut plateau d'un peu plus de 60 hectares occupe une position avantageuse et domine la plaine environnante, à des altitudes variables, en présentant une inclinaison naturelle du nord au sud.

Le Vésuve qui s'élève au nord du plateau, rend les terres fertiles et propices à la viticulture. - on ignore alors qu'il s'agit d'un volcan.

Au sud, le plateau domine le Sarno, fleuve naissant dans le Torrenone, l'un des derniers contreforts des Appenins, à une vingtaine de kilomètres à l'est de l'agglomération.

Le fleuve fait une large courbe vers le nord, et, après avoir longé le sud du plateau où sera érigée la future cité, il va se déverser paisiblement dans le golfe de Naples.

Déterminant pour l'histoire et la vie économique de Pompeï, le Sarno est entièrement navigable et traverse une vallée large et fertile : l'importation et l'exportation de marchandises avec l'intérieur de la Campanie sont donc aisées.

La position centrale du haut plateau dominant le golfe permet de contrôler le transit des navires doublant le cap Campanella (Sorrente) en direction du nord, ou inversement.

C'est assurément un emplacement idéal pour l'implantation d'une ville.

C'est pendant l'âge du bronze moyen que les premières installations apparaissent, plus au sud, sur la rive droite du Sarno, dans l'actuelle cité de S. Abbondio (Pompeï).

La vie de ce centre s'interrompt à la fin du deuxième millénaire avant Jésus-Christ, du fait d'une éruption volcanique qui constitue la dernière manifestation de l'activité du Vésuve avant la catastrophe de 79 après Jésus-Christ.

Pendant l'âge du fer (Xème-VIIème siècle avant Jésus-Christ), des habitants se concentrent le long du cours moyen du Sarno, correspondant aux localités de Striano, San Marzano et San Valentino Torio.

Ces cités sont avant tout connues grâce à leurs nécropoles ; celles-ci ont livré un mobilier funéraire témoignant des échanges important ayant eu lieu avec les comptoirs commerciaux alors en activité, surtout avec le comptoir grec de Pithecusa (Ischia).

Au VIème siècle avant Jésus-Christ, le déclin des centres de l'arrière-pays correspond à une faveur croissante pour le haut plateau de Pompeï, sur lequel s'établissent désormais de habitats durables.

Ce haut plateau est alors cerné d'un mur en lave tendre dite pappamonte, mis au jour en plusieurs lieux de la cité et correspondant à l'emplacement de fortifications plus récentes.

Les projets du groupe installé en ce lieu apparaissent déjà ambitieux, et propres à satisfaire les exigences d'un futur espace urbain.

C'est à peu près à cette période que sont érigés, sur les deux principales terrasses du plateau, des sanctuaires nettement caractérisés : il s'agit du sanctuaire d'Apollon à l'ouest - en position idéale pour être contemplé de la mer-, et de celui d' Hercule et de Minerve au sud-ouest, qui domine la fin du parcours du Sarno avant qu'il ne se jette dans la mer.

Récemment, une troisième zône culturelle a été découverte au centre de la région VI

Elle était composée d'un édifice sacré placé au sein d'un bosquet de hêtres.

Aucun élément de l'urbanisme n'a été retrouvé, et les fouilles archéologiques n'ont pu déterminer si la zône des ilôts située à proximité du forum civil correspond ou non à l'installation archaïque , même si on peut imaginer qu'à cette époque, les habitats en bois et en brique crue ont été démolis et remplacés par des constructions plus récentes.

Mais qui occupait alors la cité ? On en a longuement discuté pour savoir s'il s'agissait des Grecs qui contrôlent les côtes et les trafics maritimes depuis plus d'un siècle, ou bien les Etrusques qui dominent l'intérieur du pays et son solidement implantés à Capoue, Nola et Pontecagnano, dans la région située au nord du fleuve Sele.

Une hypothèse récente apparaît plus convaincante : il s'agirait, en fait, des Ausoni, un peuple indigène.

Par leurs contacts avec les Grecs et les Etrusques, ils auraient acquis les connaissances nécessaires à une installation durable sur un site voué à devenir un lieu d'échanges commerciaux entre l'arrière-pays campanien et les cités méditerranéennes, lui apportant ainsi une reconnaissance de fait.

Il y aurait donc eu une sorte de port franc doté de sanctuaires et ne nécessitant pas la protection d'une enceinte solide.

Le mur en bloc de pappamonte ne peut être considéré comme un véritable système défensif, du fait de la nature même du matériau employé et des caractéristiques des portions mises au jour : on ne peut guère élever plus de trois assises (atteignant une hauteur maximale de 1,20 m).

Il n'est cependant pas impossible que l'affrontement entre les Grecs et les Etrusques (525-474 avant Jésus-Christ) pour la possession de la Campanie ait contraint les habitants à remplacer la frêle structure par une véritable muraille

De fait, le nouveau système défensif a été conçu et mis en place au fur et à mesure des développements de la lutte entre les deux adversaires.

La muraille présente une double rangée de blocs carrés de pierre de Sarno, sur l'emplacement de la précédente, mais en adoptant les techniques de la poliorcétique, notamment par l'emploi d'un matériau permettant d'élever de hauts murs et de résister aux attaques les plus sévères.

Ce nouveau système a vu le jour pendant le premier quart du Vème siècle avant Jésus-Christ.

La victoire définitive remportée par les Grecs sur Etrusque, en 474 avant Jésus-Christ, amorce le début du lent, mais inexorable déclin de Pompeï en tant que comptoir commercial ; on assiste à l 'appauvrissement des offrandes votives déposées, tant dans les sanctuaires intra-muros, que dans celui de Poseidon, situé à proximité de l'embouchure du Sarno.

Il est probable que, entre la fin du Vème siècle et le début du IVème siècle avant Jésus-Christ, les populations samnites, venues de l'Appenin, commencent à descendre dans les vallées et à s'installer dans les centres côtiers.

C'est ce qui se produit aussi à Pompeï, où il semble que l'élément osco-samnite ait complètement supplanté le précédent.

Lors de l'inévitable affrontement avec les Romains pour la domination de la Campanie, les nouveaux Pompeïens dotent leur cité d'une enceinte plus élaborée, toujours en blocs de pierre de Sarno, constituée d'une unique courtine avec un agger en contrefort et un vallum à l'extérieur.

Elle reprend le tracé de la muraille précédente, tombée en désuétude et en grande partie démantelée pour fournir des matériaux aux nouveaux aménagements.

Avec la défaite samnite, Pompeï entre dans la sphère d'influence de Rome en tant qu'alliée et connaît alors une longue période de paix.

On ignore tout de son développement urbanistique à cette époque, mais l'examen des phases ultérieures et les fouilles archéologiques menées en plus lieux de la cité permettent d'affirmer que la ville prend alors son aspect définitif.

Les portes d'entrée sont placées en correspondance avec les voies principales, le noyau urbain proprement dit se concentre dans la partie la plus élevée, à l'ouest, à proximité du sanctuaire d'Apollon et autour d'un espace central servant de marché, qu'occupera plus tard le forum civil.

La partie orientale, divisée en parcelles agricoles, est destinée à accueillir le futur essor urbain.

Une nouvelle crise militaire, engendrée par la deuxième guerre punique, voit l'avancée d'Hannibal jusqu'en Italie méridionale et conduit au renforcement de l'enceinte, désormais à double courtine ave agger et vallum.

Epargnée par Hannibal, la cité ne trahira jamais son alliance avec Rome, et accueillera même des gentes venues des cités détruites par le Carthaginois (Capoue, Nocera et Preneste).

On a probablement octroyé à ces gentes les terres de la partie est de la cité, déjà divisées en parcelles régulières, ainsi que des terres cultivables situées à proximité.

Au milieu du IIème siècle avant Jésus-Christ, l'ensemble de la zône intra-muros est occupée par des habitats harmonieusement distribués.

En dehors de la ville, les riches terres d'origine volcnique voient naître des entreprises agricoles de tailles variées, mais aussi des villas installées sur la côte et jouissant d'un point de vue panoramique.

Avec la conquête romaine, de nombreux marchés orientaux s'ouvrent au commerce avec les cités italiques.

Ils apportent à Pompeï de nouvelles richesses, investies pour l'embellissement des maisons et l'ensemble de la cité, en adoptant les formes et les décors des modèles hellénistiques.

Les principaux édifices destiné à lavie politique et religieuse sonc onçus et édifiés à cette époque.

Autour du vulnérable temple d'Hercule et de Minerve, l'ensemble du quartier est réorganisé.

Le forum triangulaire, le Grand Théâtre et le Quadriportique sont construits peu après.

Les voies d'accès aux principaux édifices de la ville sont aménagées de manière monumentale, et présentent de splendides ffaçades en tuf gris (nouveau matériau qui satisfait aux exigences des architectes).

Les maisons reçoivent un décor en 1er style, imitation des constructions isodomes en marbre.

Cette longue période de prospérité s'interrompt avec la guerre menée contre Rome par les cités italiques -dont Pompeï- afin d'obrenir la citoyenneté romaine (89-80 avant Jésus-Christ).

Pompeï se prépare à une guerre qui promet d'être longue et dure en renforçant ses défenses à l'aide de treize tours massives.

Sylla, dictateur, met fin au conflit en battant à plusieurs reprises les rebelles menés par Lucius Cluentius, saccageant et détruisant les cités qui s'étaient opposées à lui avec le plus d'ardeur, dont Stabies.

Sylla installe 2000 vétérans à Pompeï, devenue colonia Cornelia Veneria Pompeianorum.

Ces derniers prennent rapidement en main les destinées de la ville, poursuivant le programme d'hellénisation entamé par les générations précédentes : ils font édifier le temple de Venus, l'Odéon, les thermes du forum et l'amphithéâtre.

Il faut attendre la seconde moitié du 1er siècle avant Jésus-Christ pour voir réapparaître parmi les magistrats des membres de nobles familles samnites.

La cité n'est guère touchée par les luttes sévères précédant l'avènement de l'empire d'Auguste.

Ce sont là des années d'ordre et de prospérité ; la muraille cernant la ville perd de son importance, et des bâtiments sont même adossés à celle-ci.

En 62 après Jésus-Christ, Pompeï et les nombreux centres nés à proximité du Vésuve sont endommagés par un tremblement de terre important qui détruit une grande partie des édifices, tant publics que privés.

Des travaux de restauration sont immédiatement entreprise, nombre d'entre eux s'achevant rapidement - surtout ceux qui concernent les édifices privés.

Mais, vers 70 après Jésus-Christ, la cité subit une série de secousses telluriques : une partie des habitants - ceux qui en ont la possibilité - quittent la ville pour des lieux plus sûts, vendant leurs possessions à très bas prix à des personnes courageuses et argentées qui acquièrent ainsi de grande propriétés.

La propriété foncière est si bon marché qu'on achète des maisons qui sont converties en jardin.

C'est aussi une période de graves troubles sociaux : pendant quelques années, on ne parvient pas à élire les magistrats en charge pour l'année.

Une fois passé ce moment difficile, Pompeï semble se remettre lentement, et l'empereur Vespasien envoie un magistrat, Suedius Clemens, pour réorganiser le cadastre de la ville et punir ceux qui se sont indûment emparés les propriétés publiques.

Pompeï devient un énorme chantier de restauration : artisans, maçons, décorateurs et techniciens travaillent d'arrache-pied, afin de remettre en état de marche les principaux services publics et rendre les maisons habitables.

Une ferveur nouvelle semble habiter la cité, mais elle sera brisée par la tragique éruption du Vésuve, le 24 août 79 après Jésus-Christ.

Frappée par la violence du cataclysme, Pompeï rend l'âme en quelques heures, submergée par plus de six mètres de résidus volcaniques.

 

 

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