L'AMPHITHEATRE


 

L'amphithéâtre de Pompeï demeure le plus ancien édifice destiné aux spectacles de gladiateurs connu à ce jour.

Il a été édifié en 70 avant Jésus-Christ par des duumvirs quinquennaux, Q. Valgus et M. Porcius, comme le révèlent les deux inscriptions en travertin mises au jour dans la crypte (le corridor annulaire placé sous la première rangée de gradins)

Elles sont ainsi libellées : "Quinctius , C.f. Valgus M. Porcius M. f. duovir(i) quinq(uennales) coloniai honoris caussa spectacula de sua peq(unia) coer(arunt) et coloneis locum in perpetuom deder(unt)"

("Caius Quintus Valgus, fils de Caius et Marcus Procius, fils de Marcus, en qualité de duumvirs quinquennaux, pour l'honneur de la colonie, ont construit à leurs frais l'édifice pour les spectacles et l'ont offert aux colons à perpétuité").

Pour l'emplacement, on a choisi le sud-est de la cité, non seulement parceque cette zône était encore dépourvue de constructions, mais aussi pour exploiter les 2/5 de son périmètre de terre-plein jouxtant l'enceinte de la ville.

Il s'agissait là d'un site idéal, de par sa position à proximité de deux portes importantes de la cité, les portes de Nocera et de Sarno, qui facilitaient l'arrivée et le départ des spectateurs.

L'amphithéâtre ayant une capacité de 20 000 personnes - bien plus que la population de Pompeï - on peut facilement imaginer le tumulte engendré par ces spectacles, et comprendre pourquoi il fallait interdire la circulation des véhicules à proximité.

Cet ouvrage imposant se dressait donc au milieu d'une vaste zône libre, probablement délimitée par des platanes.

Le périmètre extérieur présente une superposition de deux ordres : d'abord, au niveau inférieur, une série d'arcs aveugles en plein cintre, constitués de petits blocs de pierre locale (travertin de Sarno), fermés par des parois en

opus incertum (roche volcanique sombre du Vésuve).

C'est sous ces arcades que s'installaient les vendeurs accompagnant les manifestations, comme en témoignent les multiples inscriptions que l'on a retrouvées.

L'une d'elles atteste que "Permissu aeditium Cn. Annius Fortunatus occup(at)" ("Cneius Anneus Fortunatus occupe cet endroit avec la permission des édiles").

Entre les deux ordres du périmètre inférieur de l'amphithéâtre, un promenoir annulaire permettait de se déplacer à l'intérieur de l'amphithéâtre.

Le second ordre est lui aussi constitué d'arcs en plein cintre, mais plus espacés et de dimension plus réduite.

Pour atteindre l'anneau piétonnier externe, et donc, accéder aux places assises, deux escaliers monumentaux à double rampe, soutenus par six arcs, étaient placés au nord-ouest et à l'ouest, tandis que deux autres escaliers à rampe simple se situaient respectivement au sud et au nord.

L'arène, l'espace ouvert dans lequel se déroulaient les jeux de gladiateurs, était amenagée au-dessous du niveau du sol.

On y accédait par deux rampes en déclivité, de grandes dimensions, placées le long de l'axe majeur des ellipses.

Le passage septentrional servait d'entrée principale vers l'arène ; au début de la descente, deux nibhes ont conservé des inscriptions se référant à Cuspius Pansa, père et fils, qui ont restauré l'amphithéâtre à leurs frais après le tremblement de terre de 62 après Jésus-Christ.

Sur le côté est du même passage, des trous étaient destinés à recevoir les piquets et la main courante marquant une descente protégée.

Au débouché des deux passages, juste avant d'arriver à l'arène, on parvient à la crypte parallèle à celle-ci, qui permettait aux notables de la cité d'aller occuper les places plus plus proches de l'arène.

Cette crypte était séparée des places assises par un parapet de 2,18 m de haut, décoré de fresques aux sujets variés, où prédominaient les luttes de gladiateurs - ces peintures ont été perdues depuis longtemps et ne sont plus connues que par les dessins exécutés au XIXème siècle.

Les gradins et la cavea sont agencés en trois cercles concentriques constituant respectivement l'ima cavea, la media cavea et la summa cavea, séparées par des parapets en tuf gris nettement modelés.

L'entrée de l'ima cavea se faisait par la crypte et celle des media et summa cavea par le sommet en empruntant des étroits escaliers.

corridor en pente qui menait à l'arène

 

l'accès à la media et à la summa cavea de l'amphithéâtre se faisait par des escaliers monumentaux placés autour de l'édifice

 
 

cette vue du plan elliptique de l'amphithéâtre permet de remarquer le haut parapet protégeant les spectateurs, ainsi que la succession des trois ordres de sièges

 
     

La cavea est divisée orthogonalement en cunei depuis les escaliers ou les parapets ; les sièges ont été financés par les magistrats sur leurs propres deniers, et le parapet de l'arène porte, gravée, la liste des donateurs.

D'assez grande dimension, les gradins sont plus élevés devant et plus bas derrière ; de cette façon, un spectateur assis n'était pas gêné par celui qui se trouvait devant lui.

Dans l'ima cavea, qui leur était réservée, les places étaient attribuées aux notables en fonction de leur rang social ; les emplacements étaient numérotés et séparés les uns des autres par une bande rouge.

Il était possible d'assister au spectacle en d'autres endroits, mais debout et très loin de l'arène, sur l'attique.

L'amphithéâtre de Pompeï était muni d'un velarium : un système permettant de protéger du soleil la cavea orientale : des poteaux fixés le long du périmètre supérieur occidental supportaient des tissus en lin de couleur sombre.

Les spectacles de Pompeï étaient très réputés et attiraient un public nombreux venu des campagnes et des cités voisines.

C'étaient les notables élus annuellement aux magistratures de la cité qui étaient chargés de proposer ces jeux durant une semaine entière ; mais, au cours de l'année, les occasions ne manquaient pas pour en organiser d'autres.

Dans les périodes précédant les jeux, les gladiateurs s'entraînaient et logeaient dans le Quadriportique des Théâtres où ont été retrouvées de somptueuses armures de parade.

Les jours de spectacle, une procession fantasmagorique traversait la cité afin de présenter à la population les protagonistes des jeux.

Une fois arrivés dans l 'arène par le passage septentrional, les gladiateurs saluaient le magistrat qui avait offert les jeux et recevaient l'ovation d'un public comprenant des supporters quasi fanatiques.

Un esprit de rivalité régnait entre Pompeï et Nocera et leurs habitants en venaient souvent aux mains.

Tacite raconte (Annales XIV, 17) qu'un mécontentement né en 57 après Jésus-Christ, consécutif à la réduction d'une partie du territoire pompeien en faveur de Nocera (imposée par Néron), explosa deux ans plus tard, en 59 après Jésus-Christ, lors des jeux organisés par Livineius Regolus, lui-même déjà chassé du sénat romain.

fesque représentant une course de quadriges

graffiti illustrant

le combat de deux gladiateurs

après avoir manié l'épée, les

deux protagonistes s'affrontent

à main nue

caractéristique des gladiateurs thraces,

la calotte de ce casque porte un décor en relief

représentant l'apothéose de Rome

jambière de parade portant un décor d'éléments végétaux en relief. Les jambières sont fixées à l'aide de courroies de cuir passant dans les anneaux mobiles

Les habitants de Nocera et de Pompeï passèrent des insultes aux jets de pierres, avant de s'affronter les armes à la main ; il en résulta une véritable bataille rangée, si bien que l'on dénombra des blessés et des morts dans les rangs de Nocera.

L'événement fut rapporté à Néron ; le sénat décida de fermer l'amphithéâtre pendant dix ans et d'exiler les organisateurs.

Cet épisode est relaté de façon réaliste dans une peinture découverte dans la maison 1-3-23, qui saisit le moment le plus sanglant de l'affrontement

 

 

 

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