LA MAISON DES

AMANTS CHASTES

 

  • A - entrée du pistrinum
  • B - Zône des meules
  • C - Pièce réservée au travail du pain
  • D - Four
  • E - Jardin suspendu
  • F - Triclinium
  • G - Péristyle
  • H - Salon au décor inachevé
  • I - Ecurie
  • J - Passage


C'est en 1987 que commence la fouille systématique du secteur sud de l'insula 12 de la région IX, encore inachevée à ce jour.

Dès le début, il apparaît que l'ensemble résulte du regroupement de propriétés différentes, mais il est néanmoins baptisé du non générique de "maison des amants chastes", à la suite de la découverte d'un tableau représentant un banquet où deux personnages s'embrassent tendrement.

     
c'est cette fresque qui a donné son nom à la maison des "Amants chastes", car un couple s'embrasse tendrement

Il s'agit en réalité de quatre propriétés différentes donnant sur la voie de l'Abondance, tandis qu'une cinquième se situe à l'arrière ; le bâtiment occupant le n° 6 était occupé par une boulangerie (pistrinum).

L'entrée est subdiviée en deux ouvertures, dont l'une, à l'est, conduit jusqu'à une petite pièce où s'effectue peut-être le contrôle des denrées avant qu'elles ne soient vendues.

L'ouverture nord mène au centre de la pièce de travail.

Là, sur un pavement en blocs jointoyés, quatre meules sont placées en angle les unes par rapport aux autres, un grand four se dressant au centre, adossé à la paroi ouest.

Ce four présente un avant-corps sommé d'un arc en plein cintre en brique, lui-même surmonté d'un mur en opus incertum conservant les traces des réparations nécessitées par le tremblement de terre de 62 après Jésus-Christ.

Au sein de cet avant-corps, s'ouvre la bouche du four proprement dite, formée de blocs carrés en roche volcanique du Vésuve

A gauche, une pièce assez spacieuse de forme rectangulaire sert à moudre le grain et à préparer les pains qui passent ensuite directement dans le four par une ouverture carrée placée à l'extrémité de la paroi nord

  la voie de l'abondance abrite une boulangerie (pistrinum) en cours de restaurattion au moment de l'éruption, on voit ici l'ouverture du grand four  
       

Les meules sont actionnées par des mules (ou des ânes) - l'écurie se trouve au fond de la paroi nord, là où ont été exhumés les restes d'une mangeoire contenant du foin.

Les autres pièces du rez-de-chaussée, tout comme celles d'une grande partie de l'étage supérieur, étaient réservées aux habitations.

L'accès des propriétaires à l'étage supérieur, destiné à l'usage des patrons, se fait grâce à un escalier disposé dans la pièce J ; de là, on rejoint la pièce la plus remarquable de la maison, le triclinium F.

fresque du IIIème style décorant

le triclinium,

représentant une scène de banquet

   

Celui-ci possède un splendide décor en IIème style : les parois sont divisées en panneaux par des fines colonnes stylisées, alternativement rouge et noir.

Sur le fond rouge, se détachent de délicates figures ailées, alors que le centre des panneaux noirs est occupé par des scènes conviviales, dont celle qui a donné son nom à la maison

La paroi est de ce triclinium a été refaite à une époque ultérieure, tout en conservant ses caractéristiques stylistiques.

Le petit jardin suspendu (situé à environ deux mètres au-dessus de la chaussée) constitue un aménagement qui devait apporter air et lumière à l'ensemble de la partie résidentielle.

Sur le registre supérieur de la paroi ouest, Hercule est présenté aux douze dieux, alors qu'au-dessous, deux serpents bienfaisants s'approchent d'un autel.

Cette paroi ouest a miraculeusement conservé l'esquisse faite par l'artiste d'une scène de sacrifice peinte à l'intérieur d'une niche placée sur la même paroi.

Enfin, la pièce I suscite une grande émotion : il s'agit de l'écurie abritant une partie des mules employées pour actionner les meules.

Au moment de l'éruption, cinq d'entre elles étaient liées à leur mangeoire et mourront, en dépit de vaines tentatives pour se libérer

L'ensemble du pistrinum est alors en phase de restructuration, comme en témoignent les meules démontées et les tas de chaux dispersés çà et là dans le triclinum.

Au centre de l'insula, des constructions s'érigent autour du péristyle, qui ne communiquent pas avec les maisons donnant sur la voie de l'Abondance

Les fouilles ont permis de retrouver, dans les moindres détails, l'architecture de l'ensemble, notamment en reconstituant la couverture originelle en tuile avec des antefixes à palmettes sur les versants du toit.

Dans le jardin, des études paléo-botaniques minutieuses ont permis de déterminer la nature des essences arborées originelles, disposées dans des parterres légèrement surélevés et protégés par une pergola semblable à celles observées sur les peintures pompeïennes.

le péristyle

l'analyse de son sol a permis d'identifier les plantes qui y poussaient, ainsi que de retrouver l'agencement des parterres

Ce jardin, où abondaient roses et fougères, était parcouru par une petite voie longitudinale que séparaient des hémicycles, alors qu'un promenoir dissimulait la paroi sud au regard.

Sur le muret situé entre les colonnes du portique nord, une statue-fontaine représentant un enfant accompagné d'un dauphin a été mise au jour ; elle avait été installée là dans l'attente d'un emplacement définitif dans le jardin.

statue d'enfant accroupi, mise au jour au bord du péristyle, mais qui devait marquer la limite de la fontaine du jardin
margelle en marbre dissimulant la bouche de la citerne placée à proximité du jardin suspendu

Les pièces situées sur le côté nord du péristyle renferment généralement des fresques du IVème style, sans doute inachevées, si l'on considère que les panneaux centraux manquent encore sur plusieurs parois.

La pièces la plus remarquable est assurément le grand salon situé dans l'angle sud-est du péristyle, auquel on parvenait soit par le portique est, soit par l'allée du jardin à travers un propylée monumental à deux colonnes surmontées d'un tympan.

Le faux plafond est à caissons disposés régulièrement autour de la demi-coupole centrale.

Alors que le plafond est achevé, les parois étaient alors en cours de décoration, ce qui nous permet d'avoir un aperçu sur les pratiques et les instruments du décor pariétal à fresque.

De fait, là où le travail est interrompu, on discerne la couche finale sur laquelle était tracée la sinopia ou la première couche de préparation de la paroi.

Le sol est jonché de récipients remplis de pigments et d'outils, leur présence confirmant que, le 24 août 79 après Jésus-Christ, les travaux allaient bon train.

fresque représentant une course de biges tirés par des cerfs et guidés par des Amours

Elle appartient au décor du grand salon, inachevé au moment de l'éruption

dans le grand salon, les compartiments - à savoir : les espaces délimitant les panneaux - présentent un décor précieux, fait de guirlandes et de raccourcis architecturaux

La fouille a permis de constater que - au moins dans le cas présent - les peintres travaillaient rapidement et simultanément sur plusieurs parois, et qu'il existait, en outre, une hiérarchie entre les artisans ainsi qu'une répartition des tâches.

 

 

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